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ParutionsLa prison de Moulins-Yzeure lors de la reconstitution de l’évasion de deux détenus

19 avril 20130
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RÉCIT Les jurés de la cour d’assises du Rhône délibèrent en ce moment des peines à l’encontre des deux évadés de la prison de Moulins, en 2009, et de leurs complices présumés. Le verdict est attendu dans l’après-midi. « Si je retourne en prison, ce sera la guerre ce coup-ci, la vraie ». Ce matin, Christophe Khider a clairement averti les magistrats et les jurés de la cour d’assises du Rhône devant laquelle il comparaît depuis le 2 avril pour s’être évadé en 2009 de la prison de Moulins en prenant cinq personnes en otages. « Je vous promets que je vais briser le meilleur qu’il y a en moi pour correspondre à ce que vous dites de moi », a-t-il ajouté. Bernard Ripert, son avocat, avait aussi prévenu dans sa plaidoirie : « Cela fait dix-huit ans que Christophe Khider est en prison. Et ça suffit. » Le 15 février 2009, ce détenu, aujourd’hui âgé de 42 ans, s’est fait la belle de la prison de Moulins-Yzeure (Allier) avec Omar Top El Hadj, 34 ans, en faisant exploser deux portes blindées, et en prenant en otage deux surveillants et plusieurs automobilistes. Après trente-six heures de cavale, les deux hommes ont été arrêtés. Ils comparaissent depuis le 2 avril jusqu’au 19 devant les assises du Rhône pour plusieurs chefs d’inculpation dont évasion en bande organisée et séquestration d’otages. Deux femmes sont également jugées pour complicité dans cette affaire : Sylvie Piciotti, qui était alors la compagne de Khider, et Nadia Kabouche. La première a convaincu la seconde de faire entrer, dans la prison, scotchés entre ses omoplates, les explosifs et les armes qui ont servi à l’évasion. Portant des broches métalliques dans le dos, Nadia Kabouche était dispensée de passer sous le portique de sécurité car elle le faisait sonner. Le dernier prévenu est Eugène Baeb, ex-compagnon de Nadia Kabouche, accusé de l’avoir poussée à faire la mule contre quelques milliers d’euros. Dans la salle d’audience, deux camps se regardent en chiens de faïence. D’un côté, les parties civiles dont les surveillants de la prison de Moulins pris en otage et leurs familles. De l’autre des membres du collectif l’Envolée qui se battent contre « une justice qui enferme toujours plus et toujours plus longtemps ». « Christophe et Omar purgeaient des peines infinies quand ils se sont évadés », soulignent-ils. « Si ça dérape, tu me mets une balle dans la tête ». Condamné à trente ans de prison, en 1995, pour un hold-up suivi du meurtre d’un automobiliste qu’il a toujours jugé être accidentel, Christophe Khider a tenté de s’évader à plusieurs reprises, ce qui fait de lui un détenu particulièrement surveillé. Il a passé sept années à l’isolement, enfermé 23 heures sur 24. Avant les événements qui lui valent de comparaître aujourd’hui, il était libérable en 2038. Omar Top El Hadj, lui aussi, a un long passé de détenu. Incarcéré pour la première fois en 1999 pour récidive de vol aggravé, il a enchaîné les condamnations et les séjours en prison. Il a également passé six ans à l’isolement. Et était libérable en 2020. Dans le box des accusés, Christophe Khider se tient très droit, le corps détendu. Parfois il ferme les yeux, à d’autres moments il sourit, se penche vers ses avocats pour plaisanter avec eux. Omar Top El Hadj, lui, lance à intervalles réguliers des invectives contre les conditions de vie en détention. Les deux femmes se tiennent coites. Eugène Baeb aussi jusqu’à jeudi matin où à l’ouverture des débats, il se jette sur Christophe Khider. L’attitude de ce dernier, refusant de le disculper, aurait motivé cette agression, explique David Metaxas, son avocat. Au début des débats, Christophe Khider a pris ses responsabilités : «J’ai ourdi, j’ai fomenté tout cela en solo.» Ensuite, il a laissé chacun se débrouiller avec les accusations dont il est l’objet. Khider est beau gosse, et le sait. «Il est élégant, galant», dit Sylvie Piciotti. Face à la cour, il affiche une forme de décontraction. Plaisantant avec le président à propos des années passées dans un collège jésuite : «J’aimais pas, c’était long et pénible. Un peu comme la cour d’assises. Mais c’était une sorte de préparation à la prison.» De sa belle, il a fait une geste dont il est le héros : «Mon souci a toujours été qu’il n’y ait pas de sang versé au cours de cette opération.» A la barre, un surveillant pris en otage confirme : «J’avais peur, j’ai dit à Christophe Khider : « Si ça dérape, tu me mets une balle dans la tête ». Il m’a dit : « T’inquiète pas surveillant, je te tuerai pas ».» Ce beau récit s’arrête aux portes de l’établissement pénitentiaire. «Quelle était la finalité de cette évasion ? Il n’y avait pas de logistique derrière. C’était complètement aléatoire. A l’extérieur, il n’y avait rien de prévu, pas d’équipe, rien», a relevé un enquêteur. Devant le juge d’instruction, Christophe Khider a affirmé que l’opération était «totalement improvisée» et que son seul but était «d’être libre». Après avoir volé une voiture sur le parking des visiteurs, Christophe Khider et Omar Top El Hadj ont pris la fuite, la police aux trousses, et ont été arrêtés en région parisienne. «Machines à détruire les hommes» Ce procès a été aussi celui de la prison et des longues peines. «On va tenter de vous expliquer ce qu’est une incarcération mais on ne va pas y arriver», a déclaré David Metaxas, l’avocat d’Edouard Baeb. Et de poursuivre, faisant allusion à ses propres ennuis judiciaires puisqu’il a été lui-même mis en examen pour recel de violation de secret professionnel dans l’affaire de corruption présumée du commissaire lyonnais Neyret : « fin mars 2012 j’ai été arrêté et conduit en prison. Je ne peux pas le raconter ». Pierre Lumbroso, l’avocat d’Omar Top El Hadj, a demandé «l’abolition de la prison». «Je pense que la prison ne sert strictement à rien», a-t-il précisé. Selon lui, «il y a des réponses possibles [à la délinquance ndlr] hors les murs. Mais on préfère construire des machines à détruire les hommes». Quant à Bernard Ripert, il a prévenu une nouvelle fois la cour : « Christophe Khider n’est pas homme à renoncer. Il n’entend pas attendre [la fin de sa peine]. Il ne veut pas vous donner encore 37 ans de sa vie ». Ce matin, Dominique Bréjoux a donné la parole aux accusés avant que les jurés se retirent pour délibérer. Nadia Kabouche s’est dite «honteuse d’avoir gâché la vie de [s]a famille et de [s]on fils» et Sylvie Piciotti s’est dite « usée par la détention ». « Le jugement que je risque de prendre sera aussi dégueulasse que les prisons dans lesquelles j’ai été », a déclaré Edouard Baeb. Estimant n’avoir «pas eu l’occasion de parler pendant le procès», Omar Top El Hadj a entamé le récit des injustices dont il estime avoir été l’objet de la part de la police, de l’administration pénitentiaire et de la justice depuis des années, avant que le président ne lui demande d’abréger et ne finisse par le faire expulser. Dernier à s’exprimer, Christophe Khider a rappelé le souvenir de détenus rencontrés en prison et qui ont fini par perdre tout espoir d’en sortir un jour : « Philippe, ça fait 37 ans. Il ne sortira pas, il va mourir là-bas », a-t-il précisé, avant de conclure : « je ne peux plus. Je ne veux plus ». Le ministère public a requis des peines de dix-huit à vingt-deux ans à l’encontre de Christophe Khider et d’Omar Top El Hadj, et de neuf ans à l’encontre des trois autres accusés. Le verdict est attendu dans l’après-midi.

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